En mêlant théâtre et création vidéo, une petite-fille de rescapés des camps de la mort revient sur son héritage familial lourd à porter. Adapté du roman de Fédérika Amalia Finkelstein 

Le récit

Alma, 20 ans, tente de fuir un passé familial devenu trop lourd à porter : la Shoah.
Persuadée que « nous avons perdu le sens du mot humanité », elle cherche des moyens d’échapper à cette triste réalité afin de pouvoir continuer à vivre.

Pour oublier cette tragique réalité, elle fuit dans les écrans et les jeux vidéo qui lui permettent de « laver son cerveau » et de "sortir du fleuve de l'Histoire".

Adapté du roman de Frederika Amalia Finkelstein, cette pièce est un monologue dans laquelle le spectateur suit les réflexions et les périples d’Alma sans savoir où s’arrête la vérité et où commence le mensonge.

Peu à peu, Alma perd le fil. Elle oublie, puis se remémore et oublie de nouveau et finit par s’inventer sa propre petite histoire familiale pour échapper à la grande «Histoire» de l’humanité.

Tout en décrivant son périple à travers sa mémoire, Alma se transforme en personnage de jeu vidéo. Elle entre dans son écran. Nous suivons alors son double dans un périple où ses souvenirs se mélangent et entrent en collision avec ses angoisses, ses désirs et ses fantasmes.

Mise en scène

Sur le plateau, Alma, seule dans sa chambre n’arrive pas à dormir. Elle fait des allers-retours entre son fauteuil et son bureau sans parvenir à trouver le sommeil. Parfois elle ouvre son ordinateur et tente de communiquer avec l’unique con dent qui peut partager son insomnie : son Macintosh.

Un petit bureau, une chaise, un fauteuil, un tapis et une plante verte. Au fond de la scène, un écran dessine le mur du fond de la chambre ;un lit, une fenêtre et une fissure sur le mur.

Ne pouvant trouver le sommeil Alma fuit. Elle fuit sa chambre et sa réalité et plonge dans ses souvenirs à la recherche d’une émotion. Juste une émotion qui pourra lui faire oublier ses idées noires et ce vide qu’elle ne parvient pas à combler.

Sur l’écran, la chambre d’Alma disparait. Alma entre dans l’image et devient le personnage principal d’un jeu qui mêle ses souvenirs d’enfance, ses rencontres et ses fantasmes. Alma est double. Elle nous parle et nous raconte sur scène ce qu’elle a vécu, ce qu’elle aurait voulu vivre et ce qu’elle a imaginé avoir vécu. Le spectateur suit alors Alma et son avatar dans deux mondes parallèle ou le virtuel et la réalité s’entrechoquent. Alma nous entraine avec elle dans ses pertes de mémoire, ses mensonges et ses inventions pour ne pas faire face à l’Histoire et avoir le droit d’oublier les femmes, les enfants et les vieillards morts Auschwitz qui l’empêchent de dormir la nuit.

Note d'intention de la metteuse en scène

Je suis petite-fill des rescapés Jacques et Madeleine Goldsztejn. Le devoir de mémoire a toujours été d’une grande importance au sein de ma famille, à tel point que mes deux grands- parents sont devenus des « stars » de la Shoah.

Interviewés par la presse, la télévision et le cinéma, leurs témoignages sont aujourd’hui à jamais conservés au Mémorial de la Shoah à Paris où je vais parfois leur rendre visite, juste pour visionner à nouveau l’extrait dans lequel ils apparaissent dans l’exposition permanente du musée.

Le jour de ma Bat-Mitzvah, pour mes 12 ans, le rabbin me l’a dit :  "Julie, toi qui entres aujourd’hui dans l’âge de la raison et de l’engagement, tu dois avant de ressortir de cette synagogue nous promettre à tous ici réunis d’être une petite fille qui mérite cette bénédiction. Tu as, à côté de toi, tes grands-parents, deux survivants de la Shoah qui heureusement sont revenus des camps de concentration mais qui ne seront pas toujours là et c’est à toi, à ta génération qu’incombe le devoir de témoigner de ce qu’ils ont vécu et de ce qu’ils ont soufferts afin que le négationnisme soit toujours combattu".

Voilà comment j’ai hérité moi aussi du devoir de mémoire, trois générations après la guerre. Depuis ce jour, je n’ai fait qu’ingurgiter de la Shoah. Elle coule jour et nuit dans mes veines, à travers les films, les récits, les romans, les voyages à Auschwitz et les commémorations. Je ne peux m’en débarrasser, même si j’essaye, elle me rattrape toujours. Comme ça, sans prévenir au coin d’une rue, elle va être là de nouveau alors que je croyais m’en être détachée. Elle me colle à la peau et me ronge le cœur malgré tous les efforts que j’ai pu faire pour ne plus y penser. Elle m’accompagne.

Lorsque j’ai découvert L’oubli de Frederika Amalia Finkelstein, j’y ai trouvé une amie. Une jeune femme qui pouvait décrire là dans ce texte, exactement ce que je ressentais et ce que je vivais au quotidien mais qui, elle, avait le courage d’écrire : "Je veux oublier".

Julie Benegmos

Distribution
  • Jeu et mise en scène : Julie Benegmos

Compagnie Libre Cours

Représentations

Théâtre de l'Usine, Saint-Céré
  • jeudi 08 mars 19h00
Tarifs

Tarif C Placement libre
plein 12 €
réduit 10 €
abonnés 8 €
jeunes 5 €
Abonnements

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