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Portrait de Ludmilla en Nina Simone

Portrait chanté où le modèle se confond avec son sujet, et donc portrait chanté de Ludmilla Dabo en Nina Simone. 

NINA SIMONE, PORTRAIT CHANTÉ

Elle est une figure de tragédie, une statue qui chante. Lorsqu’elle dévisage le public au début des concerts, chacun se sent regardé, accusé, elle impose silence, effroi. Puis elle rit, et elle commence.

Nina Simone, née dans une famille pauvre de Caroline du Nord, aurait pu devenir concertiste classique, mais elle était noire, et elle portera toute sa vie le deuil de ce destin bouché. Elle fut plus tard une figure de la lutte des droits civiques, elle devint amie avec James Baldwin. Il y a en elle une double nature : mélancolique et combative, que l’on retrouve dans sa musique, où perce toujours le blues, même derrière l’engagement des hymnes.

Ce serait un portrait d’elle, comme un documentaire, un entretien. Parce que j’aime que l’on se raconte, et qu’on raconte l’histoire non pas comme en monologuant mais en répondant à des questions, dans un jeu d’aller-retour. J’aime les entretiens parce qu’on peut y faire passer des histoires de dimensions diverses, la grande et la petite, la collective et la personnelle.

Mais ce serait surtout un portrait musical, chanté, parce que les morceaux de Nina Simone sont autant de réponses aux événements de sa vie et de son siècle. Alors aux questions qu’on lui pose, tantôt Nina Simone, et tantôt elle chante, de toute façon c’est dans la même langue.

Sur scène une guitare (piano interdit, comme pour rappeler qu’on censura par racisme sa carrière de pianiste classique). Et puis Ludmilla Dabo, comédienne et chanteuse, nourrie au biberon du blues, du jazz, et de la soul, et qui a reçu en partage un peu de l’âme et des nutriments de Nina Simone.

Portrait chanté où le modèle se confond avec son sujet, et donc portrait chanté de Ludmilla Dabo en Nina Simone.

David Lescot - metteur en scène

Nina Simone fut la seule artiste d’importance à oser reprendre Strange Fruit dans les années 60.
 Billy Holliday avait pris comme rituel de finir chaque récital avec cette chanson. Lorsque le public entendait cette ballade crépusculaire, il savait que Lady Day terminait son récital. Chanson à propos de laquelle Angela Davis écrivit qu’elle avait « replacé la protestation et la résistance au centre de la culture noire contemporaine ».

A propos de l’assassinat de martin Luther King, Nina déclara : « il était devenu trop puissant, tu sais ils ne pouvaient plus le laisser vivre. Le peuple avait entendu son message, et ils devaient le faire taire. Tu sais,
ils peuvent essayer de me tuer – je sais qu’ils le veulent – mais je ne me tairai pas, pas question ! je n’ai pas peur d’eux. Ils pensent que nous tuer nous arrêtera, mais même si je meurs, quelqu’un reprendra le flambeau et leur dira la vérité. Je suis blessée, tu comprends... ils ont tué Martin, ils l’ont abattu comme un chien. C’est trop dur, parfois c’est vraiment trop dur ! »

Le 7 avril 1968, jour de deuil national, les artistes noirs maintenir leurs concerts, à Westbury Nina Simone interprétera pour la première fois Why ? Une longue introduction précède son chant, elle digresse, murmure, prie, condamne et salue la mémoire de Martin « ...quant à aujourd’hui, que va-t-il se passer aujourd’hui, dans nos villes dans lesquelles mon peuple se soulève ? Ils vivent abandonnés, et même si je dois mourir à cet instant , je veux qu’ils sachent ce qu’est la liberté ! Que va-t-il se passer à présent que le roi de l’amour est mort ? »

Ce concert de Westbury fut enregistré par RCA et publié sous le titre de Nuff Said (« Assez parlé ! »).

« Je mourrai à soixante-dix ans, parce qu’après ce n’est que douleur. »

Et c’est à soixante-dix ans que Nina Simone s’éteint, le 21 avril 2003, dans le sud de la France, après une vie de soupirs et merveilles, souffrance et exaltation, combat et exil.
Née dans l’Amérique des années 30, Eunice Waymon, génie précoce, rêve de devenir la première concertiste classique noire, mais se voit refuser l’entrée au conservatoire en raison de sa couleur de peau. Devenue chanteuse de jazz par défaut, elle prend un pseudonyme pour jouer ce que sa mère pasteur appelle la « musique du diable » et se baptise Nina (enfant en espagnol) Simone (comme Simone Signoret). Une icône va naître.

Elle fut une militante engagée corps et âme pour la libération des Noirs, une interprète visionnaire, une sorcière africaine, une femme abimée dans sa quête éperdue de l’amour. Une femme utilisée, trompée, brisée mais jamais résignée, alors même que son existence s’effritait peu à peu, lutte après lutte.

De la Caroline du Nord à New York, de la Barbade au Libéria, de Genève à Amsterdam, d’Aix en Provence à Carry le Rouet où elle mourut, la vie de Nina Simone fut un long voyage à la recherche d’une sérénité qui lui fut toujours refusée.

Conférence sur Nina Simone "Lumière rose pour chanteuse noire" le vendredi 29 novembre à 18h à l'espace culturel François Mitterrand de Souillac (bibliothèque municipale). 

Vidéo

Distribution
  • Texte et mise en scène : David Lescot
  • Interprète : Ludmilla Dabo

Production Comédie de Caen-CDN de Normandie. En coproduction avec la Compagnie du Kaïros.

Durée 1h05

Presse

Les artistes

David Lescot - metteur en scène

Auteur, metteur en scène et musicien, David Lescot mêle dans son écriture et son travail scénique des formes non dramatiques, en particulier la musique, la danse et la matière documentaire. Titulaire d’une thèse sur Les Dramaturgies de la guerre (de Kleist à Edward Bond), il met en scène en 1999 sa première pièce, sorte de comédie musicale noire, Les Conspirateurs. Suivent L’Association, L’Amélioration, Un homme en faillite (prix du Syndicat national de la critique de la Meilleure création en langue française, 2007), L’Européenne (grand prix de Littérature dramatique, 2008) ou encore Le Système de Ponzi (2012), œuvre chorale et musicale consacrée aux démesures de la finance et Les Glaciers grondants, spectacle autour des dérèglements du climat (2015). En 2016, il créé La Chose commune avec Emmanuel Bex, sur fond de jazz. L’Histoire, la guerre sont au cœur de l’œuvre du dramaturge qui crée en 2008 La Commission centrale de l’enfance, récit parlé, chanté,
scandé des colonies de vacances créées par les juifs communistes en France, qu’il joue seul et interprète à la guitare électrique (Molière de la Révélation théâtrale 2009). Il réalise d’autre part 45 tours avec le chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono au Festival d’Avignon. Après Nos Occupations en 2014, il monte Ceux qui restent à partir d’entretiens réalisés avec Wlodka Blit-Robertson et Paul Felenbok (prix de la meilleure création en langue française du Syndicat de la Critique).
Il est en 2015 directeur musical et interprète de Revue Rouge, spectacle musical sur les chants révolutionnaires monté par Éric Lacascade. Il met également en scène des opéras, The Rake’s Progress de Stravinsky, La Finta giardiniera de Mozart (opéras de Lille et de Dijon), Il Mondo della luna de Haydn (Atelier lyrique de l’Opéra Bastille) et La Flûte enchantée de Mozart créée cette saison à l’Opéra de Limoges.
Lauréat du prix Théâtre de la SACD 2015, après avoir été Nouveau talent théâtre en 2008, il est artiste associé au Théâtre de la Ville et à la Filature de Mulhouse. Il a également été artiste associé à la Comédie de Caen sur le 1er mandat de Marcial Di Fonzo Bo.
Ses textes sont traduits, publiés et joués en différentes langues (anglais, allemand, portugais, japonais, roumain, polonais, italien, espagnol, russe). Il est édité en France chez Actes Sud-Papiers et chez Gallimard pour Ceux qui restent.

Ludmilla Dabo
Formée au CNSAD par Jean-Damien Barbin, Nicolas Lormeau, Véronique Samakh, Christophe Patty, Dominique Valadié et Alain Françon, Ludmilla Dabo multiplie les rôles au théâtre et au cinéma. Elle travaille aux côtés de Bernard Sobel dans L’Homme inutile ou la conspiration des sentiments en 2011 à la Colline-Théâtre National et fait une apparition remarquée dans Le Système Ribadier de Feydeau, dans une mise en scène de Jean-Philippe Vidal. Dans Jaz, de Kofi Kwahulé, mis en scène par Alexandre Zeff, elle impose son immense talent d’interprète en incarnant le personnage d’une femme malmenée par la vie, qui trouvera dans la musique un moyen de continuer à vivre. Actuellement, elle est interprète dans Harlem Quartet d’après le roman de James Baldwin mis en scène par Elise Vigier et Sombre Rivière de Lazare, deux spectacles actuellement en tournée.

Représentations

Théâtre de l'Usine, Saint-Céré
  • samedi 05 octobre 20h30
Tarifs

Tarif A Placé
Plein 19 €
Découverte / Réduit 16 €
Passion / Réduit + 13 €
Jeune 5 €
Informations pratiques / abonnements

Tarif découverte / réduit : abonnés Découverte, groupe à partir de 10 personnes, comité d’entreprises, personnes handicapées
Tarif passion / réduit + : abonnés Passion, demandeurs d’emploi, intermittents du spectacle
Tarif Jeunes : moins de 18 ans et étudiants moins de 25 ans

Abonnement Découverte : abonnement nominatif 4 spectacles minimum. Cet abonnement vous donne droit au tarif découverte.
Abonnement Passion : abonnement nominatif 8 spectacles minimum. Cet abonnement vous donne droit au tarif passion.
Le + de l’abonnement Passion : faites découvrir le Théâtre de l’Usine à un de vos ami, il profite du tarif réduit sur un des spectacles de votre abonnement !

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